Mercredi 08 septembre 2010

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Chroniques

Voyage en Palestine (2)


Ma chère fille,

Ta mère va mieux. Les chirurgiens d'Adassah ont terminé leur visite quotidienne. Je continue mon récit de ce qui s'est passé la semaine dernière.

Voici donc ces plages sur lesquelles les Gazaouites viennent se rafraîchir.

 



 

Comme eux, nous avons pu nous prélasser et nouer des liens d’amitié avec quelques personnes sur la terrasse de ce splendide restaurant en bord de mer.




Je me souviens notamment de cet homme, un peu fort, doté d’une panse à en faire éclater les boutons de sa chemise. Il avait un rire tellement tonitruant.

Nous ressentions sa joie de vivre et l’appétit d’entreprendre. Moi qui suis dans les affaires, c’est quelque chose que je respire, tu me connais.

Je compris, au bout de quelques instants de conversation, qu’il était relativement bien placé dans le gouvernement du Hamas.

Hélas, un évènement bien fâcheux est venu interrompre ces gracieux instants. Ta mère, qui ne parlait plus depuis trente minutes, nous faisait un malaise. Toute voilée, elle nous faisait un coup de chaud et suffoquait littéralement. La chaleur, sans doute.

Fort élégamment, notre nouvel ami nous invita dans sa demeure, à quelques dizaines de mètres de la plage, afin qu’elle puisse prendre le frais. Il fit un bref signe de la main et 3 hommes, surgis de je ne sais où, sont venus, fort opportunément, nous aider à transporter ta mère dans un des salons de sa villa.

 


Vue de la baie de Gaza du haut de la villa de notre ami

 

Quelques instants plus tard, grâce à l’air climatisé, elle reprit connaissance. La maîtresse de maison lui fit servir un jus de fruit pressé. Et elle put ainsi se reposer.

Nous sommes sortis avec notre nouvel hôte sur l’une de ses terrasses qui dominent la ville. Il m’a montré la ville de Gaza, les constructions qui surgissaient de terre, les bâtiments administratifs de toute beauté.

 



 

Il me montra, à l’horizon, le pays voisin, l’Egypte et ses mystères. « J’y ai quelques amis », me dit-il, « mais le gouvernement égyptien est encore pire que les Sionistes. Ils ont fermé hermétiquement toute la frontière ».

Le quartier avait l’air tranquille et j’en félicitai mon nouvel ami. Je lui fis part de mon étonnement devant l’aspect de cette ville, fort peu endommagée malgré les bombardements meurtriers de 2006.

 




 

Il me répondit que les quartiers touchés avaient été vite reconstruits. Seuls subsistaient quelques vestiges. Je lui ai demandé s’il pouvait m’y emmener. Il m’a répondu que, par un hasard malencontreux, cet après-midi, un de ses chers amis inaugurait sa nouvelle maison et qu’il était invité à la crémaillère.

« De toute façon, me dit-il, ces endroits sont dangereux. Nous n’y emmenons que les journalistes et les délégations étrangères ».

Il faisait partie de la commission qui a accompagné un juge de l’ONU, un certain Glastone ou Goldstone, je ne me souviens plus bien. Il avait l’air de beaucoup l’estimer. « Un juif, mais un bon Juif », a-t-il rajouté.

 


Un autre hôtel presque achevé

 

En plus de ses fonctions au sein du gouvernement, notre hôte me confia qu’il était également chef d’entreprise. Il importait des meubles, des voitures de luxe, du ciment. C’était un véritable homme d’affaires.

Lorsque je lui demandai d’où provenaient ces importations, il répondit, l’air espiègle, « D’Egypte ». Devant mon air un peu étonné, il compléta sa réponse : « par des souterrains que nous creusons jour après jour » et il éclata encore une fois de son rire assourdissant.

Nous avons fait le tour de sa maison. La vue sur la marina de Gaza était absolument splendide.

Ma chère fille, un tel spectacle est un ravissement. Les humbles barques de pêche côtoient quelques bateaux de luxe. Il me montra le sien, ancré dans la baie.





Au retour vers notre hôtel, nous avons pu visiter le QG de l’ONU, un magnifique bâtiment qui n’a rien d’une guérite de soldat, tu peux me croire.


 

Dans le hall, tu ne devineras jamais qui nous avons rencontré ? Un certain Michel Bâle-Richord, le grand reporter, avec qui j'ai participé à quelques colloques. Quel hasard !

Nous sommes tombés dans les bras l'un de l'autre et tout à l’excitation de ces magnifiques retrouvailles, je lui ai montré les photos que j’avais prises le matin même sur ce splendide appareil numérique que nous avons acheté avant de partir.

« Moi, me dit-il, si je faisais de telles photos de Gaza, je perdrais immédiatement mon accréditation auprès du Hamas et je serais renvoyé de mon journal». J’ai distinctement ressenti comme une gêne chez lui. Ces journalistes font un métier difficile.

Dans cet immeuble, hommes et femmes de toutes nationalités se croisent et se recroisent encore mais on y ressent tout de même une certaine apathie. Gyslaine, en les regardant travailler, me dit à voix basse : « S’ils travaillent tous à cette vitesse, l’ONU n’est pas prête de remplir ses missions ici ».

Bien mauvaises pensées car c’est au retour de cette équipée, lorsque nous nous arrêtâmes dans ce bistrot, que ta mère reçut ce pavé au visage.

Depuis, elle ne parle plus que par intermittence. Un médecin de Gaza lui a prodigué les soins de fortune et, depuis, son plâtre lui interdit tout mouvement de la mâchoire.

 


Au loin, une des nombreuses mosquées de Gaza. Devant, une administration

 

Bien entendu, en roulant, nous avons pu apercevoir quelques bidonvilles, les décombres d’une librairie chrétienne, bref, une misère totale. Mais, après tout, nous aussi avons nos lieux sordides aux alentours de la capitale. Dans l'ensemble, j'ai pu tout de même constaté qu'il y a à Gaza un fourmillement d'activités, de constructions. C'est un peuple qui entreprend.

Si je ne craignais d’emprunter un lieu commun cher aux dépliants touristiques, je dirais que Gaza est une terre de contraste et de tradition.


Visite dans un autre souk de Gaza pour quelques emplettes avant de partir

Voilà, ma chère fille, ce que nous pouvons te dire pour l’instant. Du regard, ta mère m’enjoint de t’adresser des bisous ainsi qu’à notre petit fils Auguste. Demain, nous quittons cette enclave pour la Cisjordanie. Nous espérons pouvoir faire ce voyage rapidement.

Tu le sais, mes affaires m’amènent à assister à un colloque économique international à Ramallah. Les vacances n’ont qu’un temps et nous ne désirons pas, je te rassure, nous arrêter en Israël.

Je te raconterai dans quelques jours comment notre séjour s’est passé.

Ton père qui t’aime

PS : prends bien soin de notre chien Adolf. Il nous manque cruellement.



Imprimer la page | Poster un commentairePierre Lefebvre
© Primo, 07-09-2010

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