Eau et énergie au Proche Orient | |
L’eau…ces
méchants 'colons' israéliens assoiffent les Palestiniens.
Primo, dans les prochains jours fera un état des lieux complet de la
situation au Proche Orient avec Norbert Lipszyc*, un des meilleurs spécialistes
que l’on puisse trouver dans ce domaine. Journalistes et commentateurs
ne pourront plus lire les dépêches AFP, les déclarations
de l’ONU et les communiqués d’AMNESTY de la même manière.
(Propos recueillis par Josiane Sberro)
On
ne peut parler de l’eau sans parler de l’énergie. Ces deux
sujets sont intrinsèquement mêlés. Dans les médias, l’accusation
de « l’eau volée par Israël » est une donnée
récurrente. Cette campagne refait surface en ce moment dans nombre de
quotidiens. L’observation des débats
nous permet de remarquer que ces campagnes mensongères sur l’eau
au Proche-Orient sont toujours le signe d’un blocage de la situation politique
sur le terrain. De, plus, depuis 1981, l’eau prétendument
volée est une accusation toujours annonciatrice de campagne de terrorisme
ou de violente campagne anti-israélienne. Problèmes liés à
la consommation Contrairement à l’opinion
générale, la technologie n’est pas la cause mais bien la
solution aux problèmes posés. La consommation d’eau en Israël
était de 2 milliards de m3 pour l’année 2000 à l’identique
de la consommation de 1977. La quantité d’eau disponible
en Israël ne varie pas, mais s’y ajoutent le produit du dessalement
et 72% d’eaux recyclées réservées à l’agriculture. Selon
les critères de l’ONU, une consommation raisonnable s’élève
à 1000 m3 annuels par habitant, la zone de pénurie commençant
à 500 m3 annuels par habitant. Compte tenu de la réserve d’eau
disponible en Israël, la consommation annuelle par habitant n’est
que de 300 m3 pour les Israéliens et de 190 m3 en Cisjordanie. Gaza présente
des différences majeures avec la Cisjordanie. En comparaison, elle est de 1200 m3 en
Syrie et de 3000 m3 en France. Comme son voisin la Jordanie, Israël
souffre d’un manque d’eau endémique. Contrairement à ce qui est diffusé
ici et là sur le problème de l’eau, les échanges
israélo-palestiniens connaissent une progression, signe d’une entente
réelle. La dépendance des uns par rapport aux autres est de l’ordre
du vital pour les deux parties. Les
municipalités d’Israël et de Cisjordanie travaillent en coordination
pour améliorer les systèmes de recyclage des eaux usées,
totalement inexistants en Cisjordanie jusque-là. De nombreuses usines de traitement des
eaux ont été construites afin d’éviter la pollution
des nappes phréatiques. Le système israélien est
réputé pour ses performances. Il est largement vendu aux pays
arabes environnants par des sociétés d’ingénierie
palestiniennes qui trouvent là une confortable source de profits. Personne,
et surtout pas les Palestiniens, n’y trouvent à redire. Les médias français et européens,
volontairement ou pas, ignorent tout du problème. Projections de la consommation Les prévisions sont pessimistes.
Au vu de la démographie et des besoins de la vie moderne en 2025, Israël
ne disposera plus que de 150 m3 d’eau par Israélien et de 40 m3
par Palestinien, ce qui est très en dessous de l’état de
pénurie déclarée selon les normes internationales. Mais il y a une prise de conscience commune.
L’objectif est qu’en 2025 Israël, la Jordanie et la Palestine
aient les mêmes taux de consommation par habitant qu’Israël.
C’est donc bien une situation de crise qui se dessine dans un avenir immédiat
; il faut noter que les accords d’Oslo l’avaient déjà
prise en compte. Certaines
difficultés dans la gestion du problème sont dues aux textes de
loi qui régissent la propriété du sous-sol. Ils sont différents
en Jordanie (applicables en Cisjordanie) de ce qu’ils sont en Egypte (applicables
à Gaza). Les lois jordanienne et israélienne en la matière
sont très semblables car elles sont dérivées du droit anglais. En Israël comme en Jordanie, la gestion
du sous-sol est réservée aux plans nationaux de gestion du territoire.
Creuser un puits est interdit au particulier pour préserver l’état
des nappes phréatiques et lorsqu’un puits est creusé, l’Etat
définit le volume d’eau qu’on est autorisé à
en tirer. A Gaza, c’est le droit égyptien
qui s’applique. Le sol et le sous-sol appartiennent en intégralité
au propriétaire du terrain. D’où le droit de creuser des
puits sans en référer à un plan d’intérêt
général. Il s’ensuit des forages abusifs
et des prélèvements trop importants provoquant des infiltrations
d’eau salée, qui rendent le puits définitivement inutilisable. La situation anarchique de Gaza fait de
ce problème un drame sans équivalent, malgré le fait qu’en
quittant leurs implantations, les Israéliens ont laissé des installations
en parfait état de marche. Les tuyaux ont été pillés
par des particuliers. Mais, le plus souvent, ils ont été récupérés
par des bandes organisées proches du Hamas ou du Djihad Islamique pour
fabriquer des missiles Kassam. Les civils israéliens ont assez peu goûté
d’en recevoir sur les maisons et écoles dans ce curieux renvoi
à l’expéditeur. Pour
acheminer l’eau aux particuliers, il ne reste plus aucune infrastructure
sur ce territoire qui ne comporte pas le moindre cours d’eau. Mais où la responsabilité
des Israéliens est-elle engagée dans cette gestion anarchique
? Les villes Israéliennes sont desservies
par le réseau national Mékorot qui crée les canalisations
et les entretient. Pour des raisons politiques compréhensibles, la Cisjordanie
préfère garder son indépendance. Elle reçoit de très importantes
aides financières européennes et internationales à cet
effet, mais les crédits sont-ils utilisés à édifier
un réseau digne de ce nom ? Qui s’en soucie ? D’où viennent les
ressources aquifères d’Israël ? 30% de l’eau potable provient du
lac de Tibériade. 60% de la nappe phréatique est située
sous les monts de Samarie, en grande partie donc sous le territoire palestinien.
Les droits historiques, définis
par les conventions internationales sur les riverains, appartiennent juridiquement
à 90% à Israël au sens du Droit international. En effet,
ces nappes alimentent toutes les rivières dont les sources sont entièrement
dans les limites d’Israël d’avant 1967. Les
eaux d’Israël sont donc bien juridiquement israéliennes. Néanmoins,
Israël reconnaît à l’Autorité palestinienne le
droit d’exploiter une part nettement plus importante que les 10% environ
que le Droit leur accorde. Et Israël fournit chaque année à
la Jordanie 50 millions de m3 en provenance du Lac de Tibériade. Dans le Néguev, les pluies sont
rares mais très abondantes quand elles surviennent. La terre étant
trop desséchée pour l’absorber, cette eau était perdue
en grande partie. Depuis quelques années, de nombreuses
petites installations ont été construites dans les lits des oueds
afin de favoriser l’infiltration des eaux de ruissellement dans les nappes
phréatiques. La technologie Israélienne Un système ingénieux et
simple de mini barrages dans tout le Néguev permet aujourd’hui
une récupération conséquente et inespérée
des eaux de pluie.
S’y ajoute le développement
de systèmes agraires nabatéens remis à l’honneur.
Le Néguev retrouve aujourd’hui des zones agricoles importantes
sans irrigation. Le développement de l’agriculture
dans ces zones désertiques favorise peu à peu un nouveau cycle
d’humidification et de pluviométrie. La technologie développe des moyens
efficaces pour économiser l’eau autant que faire se peut dans les
installations domestiques. Incitations à l’économie
(y compris par l’augmentation drastique du prix de l’eau à
la consommation) et surtout campagne de communication et d’éducation
dans les écoles. Dans
la recherche sur le dessalement de l’eau de mer, Israël occupe une
place prépondérante, par rapport aux pays développés.
L’usine d’Ashkelon ne restera pas isolée.
Cinq nouvelles usines sont planifiées. La technologie israélienne
collabore avec la haute ingénierie française (Veolia et Suez Environnement)
et fournit ses savoir-faire. Le Canal Mer Rouge-Mer Morte est en prévision
malgré les craintes d’incompatibilité entre ces eaux et
leurs conséquences sur la biosphère. Si ce projet ne devait pas aboutir, la
situation serait sans issue et la Mer morte risquerait de disparaître
d’ici trente ans. Les énergies Dans sa lutte pour la diminution de CO²,
Israël va plus loin que les recommandations de Kyoto. Sur le plan des biocarburants, Israël
développe des technologies révolutionnaires qui n’utilisent
pas d’oléagineux, ceux-ci étant réservés à
l’alimentation humaine. Utilisation des déchets des olives,
et d’une plante « la Jatropha », très riche en huile
non consommable et qui pousse dans le désert. Le gaz naturel découvert au large
de Haïfa représente 88 milliards de m3 et probablement beaucoup
plus, soit 25 ans d’énergie totale pour le pays. La
voiture électrique fait son entrée en force suite à un
bon jumelage avec Renault. Israël fournit son savoir-faire pour l’échange
instantané des batteries de ces véhicules électriques,
au moyen d’un maillage de stations service spécialement équipées. La société Ormat et plusieurs
autres entreprises sont à l’avant-garde de la géothermie.
Ces firmes israéliennes sont les leaders mondiaux pour les centrales
thermo-solaires de grande capacité comme de petites dimensions. (1) Conclusion On peut remarquer qu’il n’y
a pas de Parti Vert en Israël. La Hévra le Haganat Hatéva
existe depuis 1952, faisant suite à l’association des professeurs
de botanique qui l’avait précédée. Le développement
durable est un terme intrinsèque à la philosophie juive et au
Talmud. Toute législation liée au
développement durable en Israël est élaborée par des
ONG reconnues. Ces ONG présentent leurs projets en même temps aux
différents partis politiques de la Knesset, afin de les faire voter conjointement. Ce système favorise un dialogue
permanent des ONG avec le terrain et la population. C’est une sensibilisation
du public et non une position politique.
Information et formation tous
azimuts Les enfants sont concernés en première
ligne. La formation des officiers de Tsahal comprend
un module de formation au développement durable. Les jeunes femmes peuvent faire leur service
comme instructrices dans les sections de « Tevah ». La terre d’Israël est très
riche sur le plan de la biodiversité. La protection de cet environnement
est intrinsèque à la culture juive. Malgré
2000 ans de rupture avec cette terre, les Israéliens d’aujourd’hui
ont repris cette tradition dont la première consiste à «
connaître son pays avec les pieds ». La randonnée
est un sport national. A lire ce propos, on comprend mal les
dérives permanentes de la presse française (Lire Le
Figaro du 24 octobre) présentant Israël comme un pays
dévastateur et captateur des richesses naturelles qui, on peut le constater,
sont pourtant bien rares sur ce bout de terre. C’est le pays développé
dont le pourcentage de la surface consacré aux réserves naturelles
est le plus important du monde. Sous son impulsion et avec ses conseils, cette
politique s’est depuis étendue à la Jordanie. Bout de terre arraché aux marécages
et qui ne serait rien sans l’acharnement et l’ingéniosité
des Israéliens. Dans la solitude et l’animosité permanentes,
ils font beaucoup avec bien peu. (1) «En Israël, l'innovation
est au pouvoir» : Anne-Marie Idrac a lancé cette petite phrase
avec une pointe d'envie, lors d'une visite à Jérusalem, la semaine
dernière. La secrétaire d'État chargée du Commerce
extérieur faisait allusion à la réussite d'Israël
dans la haute technologie grâce à une myriade de start-up et de
PME. Un succès qui ne doit rien au hasard. Israël consacre l'équivalent
de 5 % de son PIB à la recherche et au développement alors que
ce pourcentage atteint péniblement les 2 % en France. Elle assistait
à une démonstration d’un nouveau concept de chargement rapide
des batteries pour Renault Mégane électriques ainsi que de leur
remplacement dans des stations services. * Norbert
Lipszyc représente en France la SPNI ou Société pour la
Protection de la Nature en Israël. (Hévrat léhaganat hateva
en hébreu). La SPNI est un peu le pendant du réseau associatif
France-Nature Environnement, qui se décline dans toutes les régions
de France.(Lire également du même auteur dans la rubrique 'Idées
reçues' : L'eau dans les relations israélo-arabes',
un document de 2004
© Photos Primo | |
| Norbert Lipszyc © Primo, 15-11-2009 |