À
quelques semaines d’une date butoir concernant ses activités
nucléaires, l’Iran connait un regain de violence dont est maintenant
victime l’élite des Gardiens de la Révolution.
Plusieurs hauts commandants de cette
« armée » ont été tués aujourd’hui
dans un attentat-suicide ayant fait entre 30 et 35 morts dans une ville frontalière
du Pakistan.
Il s'agit d'un "attentat-suicide",
affirme pour sa part l'agence de presse officielle Irna. Selon elle, "un
homme portant des explosifs sur lui les a fait exploser lors d'une réunion
des chefs de tribus" de la province avec les commandants des gardiens de
la Révolution.
L’attentat aurait été
revendiqué par un groupe terroriste sunnite, le même groupe qui
aurait perpétré l'attentat-suicide du 28 mai ayant fait 25 morts
dans une mosquée chiite de Zahedan.
Le régime des Mollahs pratique
l’aveuglement et l’auto-persuasion. Le gouvernement est dans une
telle logique qu’il ne peut montrer aucun son discordant au sein de sa
population. Il refuse de voir la réalité et accuse les Etats-Unis.
Le président du Parlement, Ali
Larijani, a déclaré : « Nous considérons que
les dernières actions terroristes résultent de l'action des États-Unis
et montrent l'animosité américaine à l'égard de
notre pays… Obama avait dit qu'il tendait la main à l'Iran, mais
avec cette action il a brûlé sa main. Le peuple iranien a raison
de ne pas croire aux changements promis par le gouvernement américain
».
Ahmadinejad a dit ce soir que les coupables
allaient bientôt payer en menaçant les commanditaires d'une réponse
"destructrice".
Après la défection d’un
haut responsable des Pasdarans, Alireza Asgari, en 2007, voici qu’un savant
atomiste, Shahram Amiri, aurait disparu en Syrie. Ces défections (réelles
ou supposées) ne sont que peu d’importance par rapport à
la situation réelle du régime des Mollahs.
L’aveuglement volontaire de ce régime
a une explication.
L’Iran est quasiment en
situation de faillite.
Même Hugo Chavez, le Vénézuélien,
ne lui vend plus de pétrole raffiné car la République islamique
ne paye plus ses factures.
Les principaux pays européens ont
quasiment diminué de moitié leurs achats de pétrole brut
à la République Islamique. Au bord de la banqueroute, les «
bazaris », ceux qui tiennent l’économie du pays (le Bazar
de Téhéran), viennent de s’apercevoir que l’Etat ne
peut plus les rembourser. (lire Iran
Resist)
On notera qu'Ahmadinejad était
jusqu’il y a peu, un enfant, une création sinon la créature
de ce bazar. Va-t-il encore longtemps trouver du soutien ? Lorsque de tels intérêts
économiques sont en jeu, l’amitié et la croyance en un même
dogme sont vite balayées.
Une profonde déstabilisation du
régime est en cours de réalisation en Iran. Il serait cependant
tout à fait irréfléchi de se réjouir des difficultés
du régime islamique.
Et d'une, parce que celui-ci peut
encore nuire.
Un régime tel que celui qui gouverne
l’Iran en ce moment ne manque pas de moyens pour semer le désordre
avant de disparaitre, du moins en tant que leader régional.
Il peut déclencher un conflit avec
Israël par Hezbollah interposé, afin de détourner l’attention
de la communauté internationale.
Il le fera d’autant plus facilement
que le Liban traverse une sombre période de vide politique. Depuis le
mois de Juin, le Liban n’a pas de gouvernement.
Recimenter l’union nationale autour
du mouvement terroriste libanais va devenir une tentation à laquelle
il sera facile de succomber. Il y a longtemps qu’Israël dénonce
le réarmement massif du Hezbollah, notamment par la Syrie, malgré
la présence de la FINUL mais personne ne semble s’en préoccuper.
Résultat, le mouvement islamiste risque fort de nous rejouer bientôt
la scène du II, comme en 2006.
Les récentes explosions «
accidentelles » autour d’un dépôt d’armes au
bord du fleuve Litanie, le déménagement en catastrophe des missiles
sous l’œil d’une caméra israélienne, tout cela
sent les grandes manœuvres préparatoires. Sans oublier les tirs
du mois de septembre sur le territoire israélien…
L’Iran peut nuire également
en distillant la terreur dans les pays occidentaux. Il lui suffit d’activer
quelques réseaux d’allumés, dont le GSPC algérien.
Les récentes rumeurs sur un probable
décès du guide suprême sont la marque d’une suractivité
de propagande et d'intoxication; les rodomontades des dirigeants iraniens jusqu’à
la tribune de l’ONU marquent bien sa volonté intacte de gagner
du temps jusqu’au moment où ce pays deviendra l’acteur incontournable
de la région.
S’il n’y parvient pas, il
deviendra la risée du monde arabe et perdra pour longtemps son rôle
et sa place.
Et de deux, l'éventuelle chute
du régime des mollahs pourrait parfaitement porter au pouvoir un groupe
de pression encore plus dangereux.
Mais un élément
doit également être pris en compte.
Disparaître dans le chaos est peut-être
la visée ultime d’Ahmadinejad. Pire, cela sous-tend même
sa politique qui est, finalement, de provoquer la dernière bataille pour
que vienne le 12° imam.
Un élément qui n’est
pas encore mesuré avec toute l’attention qu’il devrait par
notre classe politique occidentale, formée au pragmatisme.
Reste le sort de l’opposition. Celle-ci
ne désarme pas mais ne semble pas encore avoir les moyens de renverser
une dictature qui a su apporter les preuves de sa dangerosité.
Il est certain qu’il serait préférable,
pour l’avenir du monde, d’avoir à la tête de l’Iran
un gouvernement uniquement soucieux de la bonne marche de ses affaires commerciales.
Les sénateurs de notre République
ont travaillé en Septembre sur ce sujet. Le rapport contient cette phrase,
prouvant à l’évidence que personne ne peut prédire
ce qui va arriver : Que va-t-il se passer ? Personne n’est en mesure
de le dire. Une chose est sûre, nous sommes arrivés à un
carrefour où tout reste possible. La paix ou la guerre. C’est ce
que les Grecs anciens appelaient le kairos : le moment de vérité,
lorsque le temps se densifie et que chacun doit choisir une voie et renoncer
aux autres. (1)
Merci au Sénat français.
Mais il n’est pas dit que ces propos aient quelque influence sur la marche
du monde.
Bien entendu, on pourrait confier ce dossier
au nouveau Prix Nobel de la paix, un certain Obama.
Mais on joue de malchance. C’est
lui qui vient d’être accusé d’avoir organisé
l’attentat du jour en Iran.
1) SECONDE SESSION
EXTRAORDINAIRE, Présidence du Sénat, le 25 septembre 2009. Lire
ce monument de naïveté et de fausse rouerie, rédigé
par l'ineffable Jean-François Poncet.
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