|
Chaque
année, Paris fête les vendanges, en octobre. Un écho aux
réjouissances qui les ont accompagnées des siècles durant.
Il existe encore quelques vignes à
Paris. Elles ne sont pas là pour la beauté du décor. Les
précieux ceps, soigneusement cultivés, donneront des raisins dont
on fera du vin.
Quand vient le temps de la récolte,
une foule joyeuse se rassemble à Montmartre. Cinq jours de fête.
Mais cette année, sous la gaité, derrière les chants et
les rires, l’abjection et la soumission. Écho de temps plus proches
?
Silence sur un ostracisme
Parmi
les partenaires officiels de la manifestation se trouve une société,
Soda-France. Elle est spécialisée dans la fabrication d’eau
gazeuse, dont un ingénieux appareil destiné à l’usage
domestique.
Si son nom est toujours affiché
sur le site officiel, elle n’a pu être présente. Elle n’a
pu offrir son eau à ceux qui venaient. Des groupes de pression, vindicatifs
et haineux, en ont décidé autrement. Exerçant quel chantage
?
Le prétexte invoqué pour
l’exclure : « le risque de trouble de l’ordre public
». Qui songeait donc à le troubler ? Une entreprise ? L’eau
gazeuse aurait des propriétés subversives ?
Non. Il a suffi (du moins officiellement)
de quelques cris de haine. Parce que Soda France est distributrice d’une
société israélienne.
L’obsession d’Israël,
du seul Israël, s’est manifestée une fois encore, au mépris
des lois qui interdisent le boycott.
Propagandistes qui ignorent volontairement
les violences faites aux femmes dans le territoire dont ils ont choisi les couleurs.
Mais la propagande n’a que faire
des réalités. Elle n’a que faire des souffrances du monde.
Elle ne se soucie pas de justice. Elle scande, elle répète, elle
martèle toujours les mêmes mots. Elle cherche à imposer
son ordre.
Il est très grave que
des politiques l’acceptent, se soumettent.
Qu’ils expliquent sans détours
qui menaçait l’ordre public. Qu’ils expliquent leur démission
face au chantage, leur mensonge fait de silence.
Qu’ils expliquent leur docilité et la raison qui les guide.
Il est peu vraisemblable que la plupart
des participants à la fête aient été informés
de leur choix. On imagine mal un artiste comme Aznavour cautionnant un tel rejet.
La foule venue se divertir savait-elle quelle décision honteuse elle
soutenait ?
Une nouvelle étape a été
franchie. Approuvée par ceux qui se disent garants du bon fonctionnement
de nos lois. Après les cohortes agressives dans les super marchés,
c’est une fête populaire qui fait l’objet d’intimidations.
Boycott, avec l’approbation du maire de Paris et du XVIIIe arrondissement.
Encouragement.
Aucun mot n’en est dit sur le site
de la Fête des vendanges. Dans un communiqué, Monsieur Delanoë
la présente, sans le moindre embrarras et avec assez peu de nuances.
Il y décrit Montmartre comme : « un village conscient de sa
situation exceptionnelle et qui aime à partager avec tous ceux qui y
passent.».
Non, le village n’est pas
si partageur.
Ou alors il excepte Israël du monde.
Bienvenues ou déplorables, des précisions sont nécessaires.
Quel nom donner à la cuvée
du Clos-Montmartre 2009 ? Cuvée de L’échine courbe, cuvée
des renoncements, cuvée des Maîtres chanteurs ? Quelle honte afficher
? Le choix est si vaste.
Resterons-nous encore si nombreux à
nous taire, à accepter ? Qui peut encore se bercer d’illusions
sur ce que ce rejet d’Israël signifie ? Un seul État au monde
en est l’objet.
Unanimité plus qu’équivoque
quand génocides, massacres et exactions continuent de se commettre. Quand
des peuples entiers sont asservis. Quand des millions de femmes ont un statut
d’inférieures, quand des enfants sont privés d’éducation,
de soins, de nourriture. Dans une quasi indifférence.
Israël, bel État Juif sans
cesse vilipendé. Il y a longtemps que le stade de la critique, nécessaire
et souhaitable, elle l’est pour tous, a été dépassé.
Temps d’ostracisme et d’isolement.
Avec la complicité de dirigeants,
de responsables politiques. Mais aussi avec la nôtre.
La passivité est une arme redoutable.
|