Mardi 14 février 2012

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La Ormuz Connection

Le 25 janvier dernier, le FMI a donné des cauchemars aux membres du G20 en leur prédisant que si l’Iran fermait le détroit d’Ormuz, le prix du baril augmenterait d’un seul coup de plus de 30 dollars.

Grand Guignol

De son côté, le grand méchant ayatollah brandissait cette menace de représailles au cas où le Grand Satan aggraverait les sanctions économiques contre son programme nucléaire.

« Tout le monde sait combien le détroit est important et stratégique, et il est complètement sous le contrôle de la République islamique d'Iran », a déclaré le chef de la marine iranienne à Press-TV le 28 décembre 2011.

Nos medias ont l’habitude de mettre systématiquement en doute les déclarations des démocraties, mais elles prennent généralement au pied de la lettre celles des dictatures théocratiques… plus difficilement vérifiables.

Heureusement, les spécialistes de la spécialité qu’ils ont conviés à analyser les menaces sur nos ondes ont, eux, conclu qu’Ahmadinedjad ne pouvait joindre le geste à la parole sans « se tirer une balle dans le pied »*.

Une formule réutilisable à l’infini, c’est le pied !

L’expression « se tirer une balle dans le pied » est de Bernard Hourcade, chercheur au CNRS. L’ensemble de nos médias - papier, audio, vidéo et électroniques - l’a reprise comme un seul homme.

Il a expliqué ce que toute recherche un peu sérieuse aurait mis à jour, à savoir que légalement, le détroit d’Ormuz étant international, tous les pays ont le droit d’y passer et aucun pays n’a le droit de s’y opposer. C’est un régime juridique qui a pour nom « du libre transit ».

Contrairement à ce que prétend l’imam adepte de la pensée magique, l’Iran n’est donc pas tout puissant à en gérer le trafic, il partage cette responsabilité avec le sultanat d’Oman.

Pour autant, le droit international n’est pas un argument très opérant auprès d’un barbu qui menace de faire disparaître de la carte tous les pays qui lui déplaisent dès qu’il aura mis au point l’arme atomique.

En revanche, la marine iranienne et son important arsenal militaire ne font pas le poids devant la Cinquième flotte stationnée à un jet de missile, à Bahreïn et dans l’ile de Diego Garcia, au milieu de l’Océan Indien.

De plus, s’ils fermaient le détroit, les Iraniens se priveraient des revenus de la vente de 200 000 barils par jour à leurs petits camarades chinois et russes.

L’idée de se tirer une balle dans le pied a, en effet, de quoi énerver le mollah incendiaire. Bah, il lui restera toujours les revenus de la diabolique enclave de l’île de Kish…

L’Iran, une dictature stalinienne à nomenklatura comme les autres

L'île franche de Kish, dans le golfe Persique, à 18 kilomètres au sud de l'Iran et à quelques encablures du détroit d’Ormuz, est un marché de 91,5 km² que le gouvernement iranien a créé dans les années 1990 pour rivaliser avec Dubaï et faire rentrer des devises.

Construction de palaces et de centres commerciaux, présence d’une minorité chrétienne même pas persécutée et « sharia soft », les ayatollahs n’ont pas ménagé leur peine.

L’argument décisif pour attirer les touristes (iraniens riches et islamiquement immaculés ou étrangers venus des quatre coins de la planète), c’est que les Pasdaran ferment les yeux pour ne pas voir les plages mixtes, ferment la bouche pour se retenir d’insulter les étrangères sans foulard et se bouchent le nez pour ne pas sentir les effluves d’alcool chez les riches musulmans éméchés.

Un blocus à géométrie variable

La nature a horreur du vide, la nature humaine ne fait pas exception à la règle. Ceux qui ont décidé d’occuper l’espace promis au blocus sont les petits commerçants indiens de Khasab, un port situé dans le sultanat d'Oman.

Partant du principe que les riches Iraniens chercheront par tous les moyens à conserver leur niveau de vie, malgré les sanctions internationales qui bloquent les approvisionnements, ils se sont mués en défenseurs du riche et du bien nanti et se substituent aux importations officielles via le détroit d’Ormuz.

Leur modus operandi, la contrebande, relève d’une tradition séculaire dans cette région et leur garantit une régularité de métronome qui, en retour, fidélise parfaitement leur clientèle. Le système pourrait servir d’exemple aux cours de marketing dans nos écoles de commerce.

L’offre et la demande

Les contrebandiers, essentiellement indiens, mais aussi originaires d’Oman, se fournissent dans les Emirats.

Qu’achètent-ils dans ces théocraties musulmanes ? Eh bien, parmi les produits qu’on y trouve, ceux qui auront le plus de succès auprès de la clientèle, évidemment ! Le marketing a ses raisons que seule la raison peut connaître, le cœur n’ayant absolument rien à y voir.

La perfection dans le domaine du marketing s’oppose diamétralement à celle en matière de respect de l’islam. Pourtant, les deux sont parfaitement compatibles : hormis la presse hexagonale, tout le monde sait que l’islam est plus qu’une religion, c’est avant tout un alibi politique.

L’alcool, les cigarettes, les films porno, les drogues et autres produits de première nécessité (cela va des tulipes cueillies en Hollande aux télévisions à écran plat made in Thaïlande) sont donc acheminés vers l’île de Kish et le continent à travers le détroit d'Ormuz, par des petits hors bords aussi rapides qu’anonymes.

Les navigateurs ne paient pas de taxe, évidemment, puisqu’il s’agit de contrebande (vous suivez ?). En revanche, ils s’acquittent d’un « droit » correspondant à environ 40 euros à chaque traversée. Comme la distance est courte (environ 60 kilomètres), ils peuvent accomplir jusqu’à cinq rotations quotidiennes, ce qui monte le profit du percepteur à 200 € par jour.

Payer un « droit » pour de la contrebande ? Qui est le percepteur ?

Autre question intéressante : le point de départ des contrebandiers est bien un allié des Etats-Unis, non ? Alors comment se fait-il qu’il approvisionne l’Iran malgré le blocus imposé par les Américains ?

Comme Primo s’évertue à l’expliquer à ses lecteurs depuis longtemps, la grille de lecture occidentale n’offre aucun outil permettant de comprendre l’Orient, qu’il soit Moyen ou Extrême, surtout quand il est d’obédience musulmane.

La preuve, c’est que les taxes sur les produits formellement interdits par l’islam sont payées par les contrebandiers aux Pasdaran, les gardiens de la révolution islamique.

Gardien, nom masculin
1) Personne qui garde. Exemple : gardien de prison
2) Personne qui défend ou protège. Exemple : gardien de la révolution

Révolution, nom féminin
1) Rotation autour d’un axe central ou d’un corps étranger. Exemple : la révolution de la terre autour du soleil.
2) Changement d’un régime politique à la suite d’une action violente. Exemple : la révolution islamique contre le Shah en Iran.

« Il ne peut y avoir révolution que là où il y a conscience. » (Jean Jaurès)

Les Pa$daran côté cours

En octobre 2011, deux sites d’opposants iraniens, l’un en français, celui du Conseil national de la résistance iranienne, (lire ) et l’autre en anglais, People’s Mojahedin Organization of Iran (lire) accusaient les pasdaran d’être activement impliqués dans le trafic de drogue entre l’Iran et l’Europe.

Primo-info n’ayant pas réussi à recouper l’information, nous la signalons sans la confirmer.

Toutefois, The International Herald Tribune considère les Pasdaran comme « le bloc politique, social et économique le plus puissant en Iran, éclipsant tous les autres pouvoirs, du clergé aux conservateurs. » Ce qui lui donnerait effectivement les accès nécessaires pour se livrer au trafic de drogue, notamment avec l’Afghanistan.

Vous ne suivez plus du tout ? Eh bien vous n’êtes pas près de faire fortune grâce à la Ormuz Connection !

Une précision : à l’origine, « se tirer une balle dans le pied » n’était pas une expression métaphorique. Elle décrivait crument l’acte d’automutilation de certains poilus dans les tranchées et qui voulaient ainsi échapper aux attaques les vouant à une mort certaine. Nombreux, parmi eux, sont passés devant le peloton d’exécution pour cet acte de « lâcheté ». Ce n’est que par la suite que cette expression a désigné un acte absurde dirigé contre son propre intérêt.




Imprimer la page | Poster un commentaireL. Messika & S. Skrobacki
© Primo, 13-02-2012

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