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Le 25 janvier dernier, le FMI a donné
des cauchemars aux membres du G20 en leur prédisant que si l’Iran
fermait le détroit d’Ormuz, le prix du baril augmenterait d’un
seul coup de plus de 30 dollars.
Grand Guignol
De son côté, le grand méchant
ayatollah brandissait cette menace de représailles au cas où le
Grand Satan aggraverait les sanctions économiques contre son programme
nucléaire.
« Tout le monde sait combien
le détroit est important et stratégique, et il est complètement
sous le contrôle de la République islamique d'Iran »,
a déclaré le chef de la marine iranienne à Press-TV le
28 décembre 2011.
Nos medias ont l’habitude de mettre
systématiquement en doute les déclarations des démocraties,
mais elles prennent généralement au pied de la lettre celles des
dictatures théocratiques… plus difficilement vérifiables.
Heureusement, les spécialistes
de la spécialité qu’ils ont conviés à analyser
les menaces sur nos ondes ont, eux, conclu qu’Ahmadinedjad ne pouvait
joindre le geste à la parole sans « se tirer une balle dans le
pied »*.
Une formule réutilisable
à l’infini, c’est le pied !
L’expression « se tirer une
balle dans le pied » est de Bernard Hourcade, chercheur au CNRS. L’ensemble
de nos médias - papier, audio, vidéo et électroniques -
l’a reprise comme un seul homme.
Il a expliqué ce que toute recherche
un peu sérieuse aurait mis à jour, à savoir que légalement,
le détroit d’Ormuz étant international, tous les pays ont
le droit d’y passer et aucun pays n’a le droit de s’y opposer.
C’est un régime juridique qui a pour nom « du libre transit
».
Contrairement à ce que prétend
l’imam adepte de la pensée magique, l’Iran n’est donc
pas tout puissant à en gérer le trafic, il partage cette responsabilité
avec le sultanat d’Oman.
Pour autant, le droit international n’est
pas un argument très opérant auprès d’un barbu qui
menace de faire disparaître de la carte tous les pays qui lui déplaisent
dès qu’il aura mis au point l’arme atomique.
En revanche, la marine iranienne et son
important arsenal militaire ne font pas le poids devant la Cinquième
flotte stationnée à un jet de missile, à Bahreïn et
dans l’ile de Diego Garcia, au milieu de l’Océan Indien.
De plus, s’ils fermaient le détroit,
les Iraniens se priveraient des revenus de la vente de 200 000 barils par jour
à leurs petits camarades chinois et russes.
L’idée de se tirer une balle
dans le pied a, en effet, de quoi énerver le mollah incendiaire. Bah,
il lui restera toujours les revenus de la diabolique enclave de l’île
de Kish…
L’Iran, une dictature stalinienne
à nomenklatura comme les autres
L'île franche de Kish, dans le golfe
Persique, à 18 kilomètres au sud de l'Iran et à quelques
encablures du détroit d’Ormuz, est un marché de 91,5 km²
que le gouvernement iranien a créé dans les années 1990
pour rivaliser avec Dubaï et faire rentrer des devises.
Construction de palaces et de centres
commerciaux, présence d’une minorité chrétienne même
pas persécutée et « sharia soft », les ayatollahs
n’ont pas ménagé leur peine.
L’argument décisif pour attirer
les touristes (iraniens riches et islamiquement immaculés ou étrangers
venus des quatre coins de la planète), c’est que les Pasdaran ferment
les yeux pour ne pas voir les plages mixtes, ferment la bouche pour se retenir
d’insulter les étrangères sans foulard et se bouchent le
nez pour ne pas sentir les effluves d’alcool chez les riches musulmans
éméchés.
Un blocus à géométrie
variable
La nature a horreur du vide, la nature
humaine ne fait pas exception à la règle. Ceux qui ont décidé
d’occuper l’espace promis au blocus sont les petits commerçants
indiens de Khasab, un port situé dans le sultanat d'Oman.
Partant du principe que les riches Iraniens
chercheront par tous les moyens à conserver leur niveau de vie, malgré
les sanctions internationales qui bloquent les approvisionnements, ils se sont
mués en défenseurs du riche et du bien nanti et se substituent
aux importations officielles via le détroit d’Ormuz.
Leur modus operandi, la contrebande, relève
d’une tradition séculaire dans cette région et leur garantit
une régularité de métronome qui, en retour, fidélise
parfaitement leur clientèle. Le système pourrait servir d’exemple
aux cours de marketing dans nos écoles de commerce.
L’offre et la demande
Les contrebandiers, essentiellement indiens,
mais aussi originaires d’Oman, se fournissent dans les Emirats.
Qu’achètent-ils dans ces
théocraties musulmanes ? Eh bien, parmi les produits qu’on y trouve,
ceux qui auront le plus de succès auprès de la clientèle,
évidemment ! Le marketing a ses raisons que seule la raison peut connaître,
le cœur n’ayant absolument rien à y voir.
La perfection dans le domaine du marketing
s’oppose diamétralement à celle en matière de respect
de l’islam. Pourtant, les deux sont parfaitement compatibles : hormis
la presse hexagonale, tout le monde sait que l’islam est plus qu’une
religion, c’est avant tout un alibi politique.
L’alcool, les cigarettes, les films
porno, les drogues et autres produits de première nécessité
(cela va des tulipes cueillies en Hollande aux télévisions à
écran plat made in Thaïlande) sont donc acheminés vers l’île
de Kish et le continent à travers le détroit d'Ormuz, par des
petits hors bords aussi rapides qu’anonymes.
Les navigateurs ne paient pas de taxe,
évidemment, puisqu’il s’agit de contrebande (vous suivez
?). En revanche, ils s’acquittent d’un « droit » correspondant
à environ 40 euros à chaque traversée. Comme la distance
est courte (environ 60 kilomètres), ils peuvent accomplir jusqu’à
cinq rotations quotidiennes, ce qui monte le profit du percepteur à 200
€ par jour.
Payer un « droit »
pour de la contrebande ? Qui est le percepteur ?
Autre question intéressante : le
point de départ des contrebandiers est bien un allié des Etats-Unis,
non ? Alors comment se fait-il qu’il approvisionne l’Iran malgré
le blocus imposé par les Américains ?
Comme Primo s’évertue à
l’expliquer à ses lecteurs depuis longtemps, la grille de lecture
occidentale n’offre aucun outil permettant de comprendre l’Orient,
qu’il soit Moyen ou Extrême, surtout quand il est d’obédience
musulmane.
La preuve, c’est que les taxes sur
les produits formellement interdits par l’islam sont payées par
les contrebandiers aux Pasdaran, les gardiens de la révolution islamique.
Gardien, nom masculin
1) Personne qui garde. Exemple : gardien de prison
2) Personne qui défend ou protège. Exemple : gardien de la révolution
Révolution, nom féminin
1) Rotation autour d’un axe central ou d’un corps étranger.
Exemple : la révolution de la terre autour du soleil.
2) Changement d’un régime politique à la suite d’une
action violente. Exemple : la révolution islamique contre le Shah en
Iran.
« Il ne peut y avoir révolution
que là où il y a conscience. » (Jean Jaurès)
Les Pa$daran côté
cours
En octobre 2011, deux sites d’opposants
iraniens, l’un en français, celui du Conseil national de la résistance
iranienne, (lire
) et l’autre en anglais, People’s Mojahedin Organization of Iran
(lire)
accusaient les pasdaran d’être activement impliqués dans
le trafic de drogue entre l’Iran et l’Europe.
Primo-info n’ayant pas réussi
à recouper l’information, nous la signalons sans la confirmer.
Toutefois, The International Herald
Tribune considère les Pasdaran comme « le bloc politique,
social et économique le plus puissant en Iran, éclipsant tous
les autres pouvoirs, du clergé aux conservateurs. » Ce qui
lui donnerait effectivement les accès nécessaires pour se livrer
au trafic de drogue, notamment avec l’Afghanistan.
Vous ne suivez plus du tout ? Eh bien
vous n’êtes pas près de faire fortune grâce à
la Ormuz Connection !
Une
précision : à l’origine, « se tirer une balle dans
le pied » n’était pas une expression métaphorique.
Elle décrivait crument l’acte d’automutilation de certains
poilus dans les tranchées et qui voulaient ainsi échapper aux
attaques les vouant à une mort certaine. Nombreux, parmi eux, sont passés
devant le peloton d’exécution pour cet acte de « lâcheté
». Ce n’est que par la suite que cette expression a désigné
un acte absurde dirigé contre son propre intérêt.
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