Scène
ordinaire sur un plateau de télévision, en direct, aujourd’hui
dimanche 8 novembre 2009, entre 13h15 et 14h00. (1)
Laurent
Delahousse, comme à son habitude le week-end, reçoit un politique
et un «people» pour parler de tous les sujets d’actualité
de la semaine. Les invités du jour sont Jean-François Copé,
président du groupe parlementaire de l’UMP à l’Assemblée
Nationale, et François Cluzet, le comédien actuellement à
l’affiche dans le film ayant pour titre «À l’origine».
Les échanges
sont plutôt courtois. Les deux protagonistes s’affrontent gentiment
sur quelques sujets tout en se lançant mutuellement des compliments.
Ça ronronne avec douceur à l’heure du café dominical
quand arrive le moment où est abordé le fameux débat sur
l’identité nationale lancé récemment par le ministre
éponyme, Eric Besson.
Vient le
moment où François Cluzet doit s’exprimer sur ce thème.
Verbatim
de la séquence
François
Cluzet : Quelque chose de très intéressant dans l’idée
de l’identité nationale en ce moment. C’est le cas d’un
type qui s’appelle Salah Hamouri. Vous connaissez Salah Hamouri, vous
Monsieur Copé ?
Jean-François
Copé : Non…
Laurent
Delahousse : …
François
Cluzet : Salah Hamouri, c’est un Français qui est
en prison en Israël pour délit d’opinion. Nicolas Sarkozy
a dit : «J’irai chercher n’importe quel Français, quoi
qu’il ait fait, où qu’il soit». Or, Salah Hamouri,
depuis quatre ans, il est en prison, en Israël, C’est un Franco-palestinien.
Il est français de mère, palestinien de père, et il est
en prison pour délit d’opinion, simplement parce qu’il a
dit qu’il était contre les colonisations et la poursuite de la
colonisation. Personne n’en parle. C’est un Français, on
parle d’identité nationale. Ça fait quatre ans qu’il
est en taule. Personne n’en parle! Vous ne savez pas qui c’est,
Monsieur Copé non plus. D’ailleurs, de surcroît, il y a un
comité de soutien pour ce Salah Hamouri, qui va, il faut bien le reconnaître
évidemment, de l’UMP au NPA. Donc, c’est pas une histoire
politique. C’est une histoire d’un de nos concitoyens qui est en
taule dans un pays où, apparemment, on répond aux Français
: «C’est notre affaire».
Laurent
Delahousse : Eh ben, je vous garantis qu’on va essayer d’aller
un peu plus loin.
François
Cluzet : Il faut s’y intéresser. Il est en prison,
il faut le faire sortir.
Voici ce
que Monsieur Delahousse et France 2 doivent savoir après cette intervention
intempestive :
1) Il est
évident que l’irruption brutale du cas de Salah Hamouri dans un
débat complètement étranger à son sort nous invite
à nous interroger. Il est tout aussi évident que François
Cluzet a obéi à une commande. Sans cela, la brusquerie de cette
bouffée anti-israélienne n’aurait pas de sens. Il fait partie
du fameux comité de soutien qu’il évoque dans son intervention
et nul doute que ses collègues lui ont demandé de glisser, coûte
que coûte, «quelque chose» concernant Hamouri. Peu importait
l’absence de lien entre le sort de Hamouri et le sujet abordé.
2) François
Cluzet feint d’ignorer que le délit d’opinion n’existe
pas en Israël. Jean-François Copé et Laurent Delahousse sont
censés le savoir, eux, mais, curieusement, l’affirmation mensongère
de Cluzet n’a éveillé aucune interrogation de leur part.
3) François
Cluzet connaît très certainement en détail le dossier de
Salah Hamouri puisqu’il fait partie de son comité de soutien, ce
qui est son droit le plus strict. Il connaît donc les chefs d’inculpation
qui ont abouti à sa condamnation, à savoir :
- Son appartenance
à une organisation illégale, le Front Populaire de Libération
de la Palestine (FPLP) connue pour son action terroriste internationale depuis
des décennies.
- Sa position
de leader au sein de cette organisation.
- Sa participation
dans le complot visant à assassiner le rabbin Ovadia Yossef, chef du
parti politique Shass.
Cluzet sait
également que Hamouri a choisi, sur les conseils de son avocate israélienne,
de plaider coupable pour bénéficier d’une peine plus clémente
et qu’il est exceptionnel qu’un parfait innocent choisisse cette
stratégie plutôt que d’apporter les preuves de son absence
d’implication dans les faits qui lui sont reprochés.
4) Enfin,
Cluzet sait parfaitement que ce prisonnier reçoit parfois la visite d'un
envoyé de l'ambassade de France à Tel-Aviv. Son lieu d'incarcération
est connu, il peut recevoir des paquets. Son sort est nettement plus enviable
que celui du jeune Franco-israélien Guilad Shalit, enlevé depuis
plus de trois ans, sans aucun contact avec l'ambassade de France, pas plus qu’avec
sa famille ou la Croix Rouge. Mais la demi-nationalité française
de Guilad Shalit ne semble pas émouvoir de la même façon
François Cluzet. Un peu comme si c’était son autre moitié,
israélienne, qui lui posait problème. Nous n’osons pas l’imaginer…
Nous demandons
à nos lecteurs de réagir auprès de France 2, de façon
courtoise bien évidemment, à ce dérapage sans doute inhérent
au direct. Il est bien évident que sans une mise au point de France 2
dès la semaine prochaine et au même horaire, Primo devra s’interroger
sur la suite à donner à cette affaire.
Jean-Paul
de Belmont © Primo, 8 novembre 2009
(1) http://13h15-le-samedi.france2.fr/index-fr.php?page=accueil&id_article=475
(Cliquer sur "Sélectionner les émissions" en bas à
droite et choisir "dimanche 8 novembre 13h15"). La
séquence se situe entre 39'01" et 40'15".
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